Il y a des rencontres qui nous revitalisent instantanément, sans que l’on ne comprenne forcément pourquoi. Fanny fait partie de ces personnes radieuses avec qui échanger a été un vrai plaisir. Avec elle, tout est facile, et l’on s’enthousiasme rapidement en l’écoutant parler de son projet de Slow Tiny Tour — de ceux qui contribuent à changer le monde de manière positive.

La découvrir, c’est déjà la soutenir ! Et on n’a qu’une hâte : la rencontrer lors d’une étape de son tour.

Tu as lancé une campagne Ulule pour financer ton Slow Tiny Tour en novembre 2020 ; peux-tu nous présenter ton projet en quelques mots ? 

L’objectif du Slow Tiny Tour est de réaliser un tour de France à bord d’une tiny house — d’où le nom ! Il a pour but de sensibiliser les gens à la transition écologique à travers des conférences, des ateliers, des visites de la tiny house, et plein de petites actions mises en place pour sensibiliser un maximum de personnes. 

Cette tournée a deux objectifs : sensibiliser les gens à la réduction de leur empreinte, de leurs déchets, et profiter de la tiny house pour les ouvrir à ce mode de vie !

Qui se cache derrière le Slow Tiny Tour ? Peux-tu te présenter à ton tour ?

Je suis Fanny Moritz, et je suis conférencière sur les thématiques environnementales.

Petite précision qui a son importance : je suis aussi une ancienne expatriée, et c’est justement durant mon expatriation que ma prise de conscience écologique a eu lieu !

Depuis que je me suis donné pour mission de faire plus attention à mon impact sur la planète, toute ma vie a changé.

Si je l’ai fait, c’est pour être plus en accord avec mes valeurs : je suis rentrée en France pour réduire mon empreinte carbone, et j’ai monté ce projet de tiny house pour réduire mon empreinte au quotidien. J’ai envie de m’appuyer sur le Slow Tiny Tour pour combiner mon métier et mon envie de sensibiliser les gens, tout en utilisant cet habitat nomade pour continuer ma « mission » en France, mais de manière itinérante. 

Comment définirais-tu ta « mission », justement ?

Ce que je souhaite avant tout, c’est générer une prise de conscience.

J’aimerais vraiment aller à la rencontre des gens, pour échanger aussi bien avec ceux qui sont intéressés par la vie en tiny house, la réduction des déchets et la réduction de leur empreinte carbone, qu’avec ceux qui n’y connaissent rien et qui ont des préjugés par rapport à ça. J’ai profondément envie d’échanger avec tous ces gens-là, quel que soit leur niveau de sensibilité sur ces thématiques, et de mettre en avant des solutions concrètes qui peuvent être appliquées rapidement — comme, par exemple, changer de compte en banque. J’ai envie de montrer que ces petites actions peuvent changer beaucoup pour l’empreinte de la planète, et les partager avec le plus de monde possible pour créer un mouvement positif, à l’image du documentaire Demain : il a été diffusé des semaines durant dans les salles de cinéma et a provoqué une vraie prise de conscience en se concentrant sur les solutions qui existent plutôt que sur les problèmes. Au lieu de nous montrer ce qui n’allait pas, les réalisateurs se sont focalisés sur ce que les gens changeaient au quotidien pour créer un monde plus juste.

Je crois profondément qu’il faut montrer les solutions quotidiennes, faciles à mettre en place, pour aller dans le bon sens.

Qu’est-ce qui te tient particulièrement à cœur dans ce projet ?

Montrer que le changement est accessible à tous.

Que contrairement aux idées reçues, il est facile de mettre en place des petites choses au quotidien qui ont un grand impact.

Je sais d’avance que durant ma tournée, je rencontrerai des personnes qui me diront que je vais polluer, mais l’itinérance de la tiny ne sera effectuée que 6 mois dans l’année. Je déplacerai la tiny house à 6 reprises seulement, et sur de petites distances. Ça me prendra peut-être 2 ou 3 ans de faire un tour de France complet, mais j’ai vraiment envie de me concentrer sur le côté « slow » du tour pour prendre mon temps dans chaque région que je traverserai. J’aurai également avec moi un vélo pour les transports quotidiens. 

La tiny house sera équipée d’un frigo du désert…
et d’un garde-manger.
Des panneaux photovoltaïques équiperont la tiny house.
Des toilettes sèches complèteront l’équipement de la tiny house.

Quel message positif souhaites-tu délivrer et partager à travers ce projet de Slow Tiny Tour ?

Qu’il est possible, et surtout urgent, de changer ses habitudes pour ralentir tout ce qui va arriver dans les années à venir. Il m’arrive souvent de rencontrer des personnes qui se plaignent de ce que les gouvernements ou sociétés ne font pas, ou font mal, mais sans jamais se remettre elles-mêmes en question. À mon sens, le changement vient à 50% d’eux, à 50% de nous.

On a tous notre part à faire pour changer les choses dans notre quotidien.

Qu’as-tu envie de dire pour encourager chacun.e d’entre nous à construire une société plus durable ?

Soyez acteurs et actrices du changement — même si c’est une phrase que l’on entend de plus en plus. Soyez curieux : n’attendez pas que l’on vous donne des informations, cherchez-les par vous-mêmes ! 

Avant, je n’étais pas aussi engagée mais avec tout ce que je lis, je réalise que sans la forêt et les océans qui nous donnent de l’oxygène pour vivre, et sans la terre qui nous donne notre nourriture, nous ne sommes rien. Ma relation avec la nature s’est vraiment décuplée ; je me sens redevable. Pour moi, c’est un être vivant.

Sans la nature, je ne pourrais pas vivre ; je me dois d’être respectueuse envers elle. 

Cette prise de conscience s’est considérablement développée lorsque j’ai découvert un article rédigée par une femme indigène, Nemonte Nenquimo, qui écrivait ceci : 

« Vous n’avez probablement pas l’habitude qu’une femme autochtone vous traite d’ignorant. Mais pour les peuples indigènes, c’est clair : moins vous savez quelque chose, moins cela a de valeur pour vous, et plus il est facile de détruire. Et par facile, je veux dire : sans culpabilité, sans remords. Et c’est exactement ce que vous nous faites en tant que peuples indigènes, à nos territoires de forêts tropicales, et en fin de compte au climat de notre planète.

Quand vous dites que les compagnies pétrolières ont de merveilleuses nouvelles technologies qui peuvent siroter le pétrole sous nos terres comme des colibris sirotent le nectar d’une fleur, nous savons que vous mentez parce que nous vivons en bas des déversements.

Quand vous dites que l’Amazonie ne brûle pas, nous n’avons pas besoin d’images satellites pour vous prouver votre erreur ; nous nous étouffons avec la fumée des vergers fruitiers que nos ancêtres ont planté il y a des siècles.

Quand vous dites que vous cherchez d’urgence des solutions climatiques, et que vous continuez pourtant à construire une économie mondiale basée sur l’extraction et la pollution, nous savons que vous mentez parce que nous sommes les plus proches des terres, et les premiers à les entendre pleurer.

C’est le petit matin en Amazonie, juste avant les premières lueurs : un temps qui nous est destiné à partager nos rêves, nos pensées les plus puissantes.

Et je vous dis donc, à tous : la terre ne s’attend pas à ce que vous la sauviez, elle attend de vous que vous la respectiez. Et nous, en tant que peuples indigènes, attendons la même chose. » 

Tant que l’on n’établira pas de relation directe entre la terre et le fait que l’on a besoin d’elle, les gens ne changeront pas, continueront de penser que ça ne les concerne pas.

Pour moi, la relation à la nature est à remettre au centre des priorités.

Quelle est la prochaine étape du Slow Tiny Tour ? 

Pour concrétiser le projet, je vais déjà acheter la remorque à la fin de la campagne de financement, et choisir le lieu où je construirai ma tiny house. J’aimerais construire la tiny house de mes propres mains ; j’ai notamment effectué un stage en août 2020 pour cela. J’essaye autant que possible de favoriser le contact humain pour apprendre à bâtir la tiny, et éviter les tutoriels en vidéo et le streaming. Ensuite, je voudrais développer un site internet qui présentera les différentes étapes de fabrication d’une tiny pour que cela serve à d’autres — j’étais développeuse, dans mon ancienne vie !

Après ce Slow Tiny Tour, je me suis donné un second challenge : j’aimerais vivre avec le moins d’argent possible, et me satisfaire du minimum. Dans les années qui arrivent, l’idée est que je puisse vivre en complète autonomie. Dans cette optique, réduire se fait en amont ! Mon objectif de vivre avec le moins possible m’a notamment été inspiré par un formidable livre de Mark Boyle, L’Homme sans argent, que je vous recommande d’ailleurs fortement.


Vous pouvez retrouver Fanny sur son site internet, ou la suivre sur Instagram.

Et si l’envie vous prend de commander le livre de Mark Boyle, vous pouvez le faire sur Lalibrairie.com, la librairie en ligne qui soutient les libraires indépendants.