Croiser la route d’un joli projet, durable et engagé, est toujours une bonne nouvelle à partager autour de soi. D’autant plus durant un mois de novembre morose et en demi-teinte. Mais lorsque ce projet est, en plus, porté par des personnes lumineuses qui rendent le monde meilleur grâce à leur humanité, alors là on sort le grand jeu et on invite tous ceux que l’on connaît à découvrir l’interview engagée !

Qui se cache derrière La Savon Alpin ?

Myriam a 35 ans, et est l’heureuse maman de 3 enfants. Après 3 congés parentaux successifs et après avoir travaillé dans l’univers du social pendant plusieurs années, la jeune femme a eu envie de contribuer, elle aussi, à offrir des emplois pour les femmes en difficultés sociales et en fragilités diverses. 

« Le savon m’a semblé être une solution adaptée pour ces femmes, afin de créer de l’emploi simplement tout en valorisant une salle de bain zéro déchet — un sujet qui m’interpellait de plus en plus au quotidien. J’avais une envie forte de créer quelque chose de mes mains, en utilisant un savoir-faire artisanal, et je sentais une énergie grandissante de vouloir entreprendre et de mener moi-même un projet. Et puis mon amitié avec Cléo existait depuis plusieurs années. Mon idée de savonnerie et mon envie ont rencontré les aspirations de Cléo sans que je ne m’y attende. C’était un vrai cadeau et une vraie joie de se retrouver et de collaborer en binôme, alors que ce n’était pas forcément prévu. C’est notre valeur ajoutée, on va dire ! »


De son côté, Cléo a 31 ans et est maman d’un petit garçon de 10 mois. Tout comme Myriam, elle a suivi une formation d’assistante sociale. C’est finalement au cours d’un stage auprès du Secours Catholique, où travaillait alors Myriam, que Cléo a fait sa rencontre. Pendant quelques années, Cléo a travaillé dans cet univers jusqu’au jour où elle s’est profondément questionnée sur le sens de ce qu’elle faisait au quotidien, et sur sa place dans cet univers assez particulier.

« Ces questionnements ont provoqué en moi un gros bouleversement intérieur, qui m’ont conduite à voyager, physiquement d’abord : je suis partie 3 mois en Géorgie, dans le cadre d’un stage de professeur de Français Langue Etrangère. J’ai ensuite vécu 8 mois au Pérou. J’ai exercé pendant 6 mois en tant que professeur de français et éducatrice de rues dans une ONG. J’ai ensuite passé 2 mois isolée dans une communauté au milieu de la jungle en Amazonie. Ces expériences intérieures étaient nécessaires; j’avais besoin de les vivre pour trouver ma place et donner du sens à mon existence. J’ai continué mon voyage en Amérique du Sud pendant 1 an et demi. De rencontres en péripéties, j’ai progressivement trouvé les réponses à mes questions existentielles, et ce dont j’avais envie pour moi. Je suis rentrée en France avec un ancrage. Je me suis sentie délivrée de mes conditionnements et de tout ce à quoi je me sentais obligée de répondre. J’ai fait peau neuve, en quelque sorte ! Lorsque je suis revenue en France, j’avais envie de me poser, tout en allant là où ça poussait pour moi, où je me sentais cohérente avec celle que j’étais tout au fond. Et c’est là que j’ai rencontré le papa de mon fils ! C’est là aussi que j’ai commencé à construire quelque chose qui avait un sens à mes yeux, en créant une association de yoga pour enfants. Je pratique le yoga depuis très longtemps ; et j’ai réalisé que les enfants étaient de vrais puits de savoir et de curiosité. Le yoga est un outil incroyable pour les éveiller, les emmener dans la confiance et dans l’amour. J’ai donc ouvert des cours de yoga pour enfants, dans mon association. C’était la petite graine que j’avais envie de semer à ce moment-là ! Un peu plus tard, j’ai rencontré le projet de Myriam et c’est tout simplement venu révéler le chemin que j’avais fait, et tout ce à quoi j’aspirais. Et puis il y avait cette envie d’entreprendre, un truc assez incroyable et difficile à décrire. Quand j’ai créé l’association des petits yogis, je ne m’y attendais pas ; je me suis lancée sans réfléchir. Myriam et moi nous sommes rejointes sur les valeurs fortes du projet de savonnerie. ll y a eu plein d’allers-retours, et ça fait à présent un an que nous sommes côte à côte. C’est drôle, parce que l’on se répète sans cesse que nous sommes hyper complémentaires, mais sans le faire exprès. On ne prévoit rien ; les tâches se répartissent naturellement entre nous. On n’a pas imaginé une seconde, à l’époque, que l’on formerait un tel binôme de travail ! »

L’interview engagée de Myriam & Cléo

Pouvez-vous nous présenter le Savon Alpin, votre savonnerie artisanale ?

Le Savon Alpin est une savonnerie artisanale et engagée qui propose une offre de cosmétiques naturels, doux pour l’homme et pour la planète. C’est aussi une collaboration et une coopération entre deux savonnières un petit peu chevronnées, et surtout engagées dans un projet social et écologique — écologique dans sa globalité, aussi bien à l’échelle de l’individu qu’à l’échelle de la planète. 

Avec Le Savon Alpin, on a vraiment envie d’accompagner le développement de la personne et de la biodiversité. 

Le mot “coopératif” nous tient particulièrement à cœur dans cette économie sociale et solidaire que l’on essaye de construire déjà à deux, et qu’on développe petit à petit à plus grande échelle. On a notamment créé des partenariats avec des artisans locaux pour la fabrication de produits dérivés : porte-savons, pochettes à savons, corbeilles, etc. 

C’est important pour nous de faire vivre cette économie locale et ces savoir-faire qui nous entourent. 

On a plaisir à contribuer à ça et à passer commande aux artisans. 

Quelle est la « mission » que vous vous êtes donnée avec Le Savon Alpin ?

Au tout début du projet, le terme “lien” revenait énormément. On a beaucoup de difficultés à l’exprimer parce qu’on le ressent profondément dans nos tripes. Derrière Le Savon Alpin, il y a vraiment cette idée de recréer du lien entre les individus, et dans leur nature profonde. 

Ce projet d’ESS pour créer de l’emploi durable pour les femmes en situation de fragilité, on le mène dans l’optique de révéler une beauté intérieure. 

On veut montrer qu’il est possible de créer de ses mains, de fabriquer, de promouvoir, de diffuser des valeurs, de partager des choses avec une éthique en étant dans son alignement profond. Si on arrive à atteindre ça, c’est magnifique ! La création est un outil incroyable pour se rendre compte de sa valeur, de ses compétences, de ses potentiels. On veut proposer de l’emploi pour donner de la confiance, de la beauté, mais aussi de la dignité. On veut que les femmes soient fières de leur emploi, qu’il soit beau et digne à leurs yeux. Quand on agit pour la nature et pour l’homme, il y a quelque chose de très circulaire : en faisant du bien à la nature, on fait aussi du bien à l’homme, et vice-versa. 

Notre mission, c’est de révéler la nature profonde de l’homme dans son lien avec ce qu’il peut trouver de plus noble, sur la planète et au fond de lui.

On prévoit aussi — à plus ou moins long terme — de développer toute une gamme tournée plutôt vers l’hôtellerie, pour des offres de courts-séjours. L’utilisation des savons et gels douches à usage unique dans le secteur touristique produit beaucoup de déchets et nous souhaitons proposer une alternative écologique aux hôteliers. On a vocation à proposer des savons artisanaux solides à des personnes qui n’ont pas l’habitude d’avoir ces modes de consommation-là, d’où l’idée de nous orienter aussi vers des magasins de grande distribution, pour pouvoir sensibiliser des personnes habituellement éloignées de l’artisanat. C’est notre côté militant, pédagogie et transmission ! On a envie d’aller là où il n’y a pas forcément la culture du bio, du local, etc. Tout le monde n’a pas été éduqué dans cet univers. On aimerait aussi pouvoir proposer des ateliers en milieu scolaire. 

On veut vraiment démocratiser l’usage du savon solide, aller là où les savonniers ne vont pas pour montrer que ça existe, valoriser le zéro déchet, ouvrir les consciences, et proposer des alternatives durables. 

Notre marque « Le Savon Alpin » est suffisamment ouverte pour toucher un large public, quel que soit l’univers : tourisme, sport, école, nature… Finalement, tous les chemins mènent au Savon Alpin !

Qu’est-ce qui vous tient particulièrement à cœur dans ce projet ESS ?

Cléo : Au-delà de ce qu’on vient d’exprimer, on a une communauté de membres qui nous suit depuis le début, qui a cru en nous. Ce qui me tient à cœur, c’est de préserver cette énergie du collectif. On ne sait pas pourquoi, mais les personnes qui nous suivent nous soutiennent et nous aident de façon parfaitement altruiste et désintéressée. Je ressens physiquement, dans mon ventre, que les gens sont derrière nous ; j’ai envie de faire grandir cette énergie et ce collectif. 

Myriam : On a parfois l’impression de conduire un bateau, mais avec plein de gens dedans. On se laisse guider par le flux naturel des choses, le courant qui nous porte. C’est comme si on embarquait avec nous tout un collectif ; le Savon Alpin n’est pas qu’une œuvre de Cléo et moi, ça va bien au-delà. 

Quel message positif souhaitez-vous délivrer et partager à travers ce projet ?

Myriam : Tout de suite, et parce que notre campagne de financement participatif arrive à son terme, j’ai envie de dire : « Waouh ! L’humanité est généreuse et altruiste ! ». On parle beaucoup de repli sur soi et de choses négatives dans le quotidien ; au contraire, cette collecte nous a montré l’inverse. On ne s’attendait pas à susciter un tel élan, un tel impact, et à fédérer autant. Il y a tellement de personnes qui se joignent à nous dans notre démarche… Cela me donne confiance en l’humanité. La deuxième chose qui me vient à l’esprit, c’est que chacun.e doit être à l’écoute de ses tripes et de son énergie intérieure, parce que chacun.e porte en soi des choses à accomplir et aboutir. Il faut être à l’écoute de soi-même. En étant attentives à ce qui nous animait, on s’est senties complètement guidées. Les choses sont faciles, et se font naturellement. Il y a beaucoup de travail, bien sûr, mais tout s’enchaîne avec fluidité. 

Tout est possible ; et si ça l’est sur un projet comme le nôtre, ça l’est à toutes les échelles.

Cléo : Je partage complètement le sentiment de Myriam ; quand on fait les choses dans la joie et la certitude, quand on accomplit des actions qui sont bonnes pour nous et notre entourage, avec simplicité et persévérance, tout doit se passer. C’est ce message-là que j’ai envie de porter. Franck Lopvet disait qu’il fallait « être là où ça pousse pour nous ». Chacun a cet espace, à l’intérieur et à l’extérieur de soi, où il peut se développer pleinement. Ce n’est pas toujours une mince affaire d’y accéder, mais si on le souhaite de tout son cœur, alors c’est possible. Le meilleur outil que l’on possède pour cela, c’est la joie : elle est un excellent indicateur. 

Qu’avez-vous envie de dire pour encourager chacun.e d’entre nous à construire une société plus durable ?

L’humanité est généreuse ; continuez à croire qu’on est nombreux à vouloir rendre le monde meilleur, et ne baissez pas les bras. Continuez à croire en vous et en les autres. Faites les choses dans la joie, ne vous mentez pas, ne vous corrompez pas, restez cohérent avec tout ce que vous êtes et toute votre sensibilité qui vous guide et qui joue très bien son rôle.

Cléo

Malgré les paradoxes que l’on peut parfois trouver à la fois en nous et chez d’autres, la confiance avance quand même sur ces questions. Parfois, il paraît urgent d’arriver à certaines prises de conscience ; et en même temps, on n’a pas de prise sur ce temps-là. Il y a un temps pour tout. Pour certains, la route est plus longue que pour d’autres. On peut agir sur certaines choses, mais pas sur tout et surtout pas sur l’autre, selon là où il se trouve. Ne soyez pas dans le jugement. Restez tolérant les uns avec les autres. 

Myriam

Et pour finir, quels sont vos projets pour 2021 ?

On vient de terminer notre campagne de crowfunding. On devrait rentrer dans une phase de commercialisation des produits d’ici janvier 2021. Il nous faudra trouver des lieux de vente, des réseaux de distribution, et créer notre site internet. Par ailleurs, en ce qui concerne l’aspect ESS, on va essayer de monter un collectif d’artisans pour dénicher un lieu commun de vente et d’ateliers ; on a quelques pistes, mais il faudra nous suivre pour en savoir plus ! 😉 On retrouve sur ce sujet d’atelier-boutique une personne engagée dans un projet ESS tout comme nous : Le Mouton à Lunettes

Et puis, dès que notre activité nous le permettra, nous pourrons embaucher ! On reste à l’affût !



Vous pouvez suivre les aventures de Myriam, Cléo et du Savon Alpin sur leurs pages Facebook et Instagram ! On leur souhaite tout le meilleur pour la suite et on les soutient à 100% dans leur projet.