J’ai rencontré Fabienne à l’automne 2019, tandis que l’on postulait toutes les deux à un programme d’accompagnement pour nos projets respectifs. J’étais arrivée un peu en avance, elle était assise dans un fauteuil en train d’attendre, et je me souviens qu’elle portait un manteau jaune moutarde que j’avais trouvé à la fois magnifique et pétillant.

Ce jour-là, on a seulement eu le temps d’échanger quelques mots sur le contexte de notre rendez-vous, sans aller plus loin.

On s’est revues ensuite lors d’un atelier pratique auquel nous étions toutes les deux inscrites. J’ai alors découvert sa marque de vêtements de sport outdoor éco-conçus, So Ride Wear, pour la première fois. J’ai surtout découvert une personne profondément humaine. Pendant l’atelier, Fabienne a parlé de son engagement pour l’environnement, des valeurs de sa marque, de l’importance de concevoir des vêtements en circuit court et en petite série, le plus localement possible. Je l’ai écouté parler, je l’ai regardé parler, et je me disais que je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi vibrant et lumineux auparavant.

Avoir croisé la route de Fabienne en 2019 est l’une des plus jolies rencontres qui me soit arrivée. C’est une femme aussi magnifique et pétillante que son manteau jaune. Son projet et ses convictions ont — forcément — résonné en moi, mais pas que. Il y a dans son parcours atypique, dans sa force inconsciente et dans sa manière de parler de ce qui la touche quelque chose de très fort, qui prend aux tripes (je crois) tous ceux qu’elle rencontre et qui l’écoutent parler de So Ride Wear. Je connais son projet mais mener cette interview avec elle me tenait à cœur, parce que ses mots sont toujours justes et que j’avais très envie de partager avec vous leur force et leur impact.

L’interview engagée de Fabienne

Que faisais-tu avant « So Ride Wear » ? Comment est née ta marque ?

J’ai fait plein de choses mais j’ai notamment été assistante dentaire pendant 15 ans. Et puis un jour, j’en ai eu marre de ne pas me sentir libre ; j’avais envie de travailler pour moi-même. J’ai fait un bilan de compétences, des stages d’observation dans différents milieux — chez Hermès, une couturière retouche, dans une mercerie, un atelier de scrapbooking, une bibliothèque. J’avais envie de tout découvrir. Ce que j’ai particulièrement aimé dans la couture, c’est la possibilité en 3 minutes d’avoir quelque chose d’utile. Comme je ne savais pas coudre et que j’avais suffisamment de droits DIF sur mon compte, j’ai pu suivre une formation professionnelle de couture pendant 6 mois. J’ai appris à dessiner, coudre, à faire des patrons, des retouches… Je n’ai jamais décroché depuis.

En parallèle, j’ai découvert un documentaire sur la petite robe noire de Coco Chanel, je me suis mise au vélo de descente, et je voyais mon fils qui commençait à porter du Lacoste ou à acheter des tee-shirts à 3€ chez Zara. Pour le vélo justement, je ne trouvais pas de vêtements adaptés ; soit les marques apparaissaient en gros sur les vêtements et je déteste ça, soit les vêtements étaient trop serrés pour ma morphologie. J’ai commencé à concevoir des shorts pour moi, mon conjoint, mon fils, et progressivement des amis m’ont demandé de leur en concevoir également pour leurs sorties vélo… et ça a pris de l’ampleur ! Je suis donc allée voir la chambre de métiers où j’ai été suivie par un super conseiller qui m’a aidée pour le Business Plan et les mises en relation dont j’avais besoin. Et c’est ainsi qu’est née la marque So Ride Wear !

Quel est le cœur d’activité de So Ride Wear ? Que fais-tu au quotidien pour changer le monde à ton échelle ?

J’essaye de faire des vêtements polyvalents et éco-responsables, qui servent aux gens dans la majorité de leurs activités : vélo, rando, jogging, yoga, etc. Sur le modèle de la petite robe noire, j’ai eu envie de proposer des vêtements que l’on peut enfiler aussi bien pour sa session de sport que pour l’apéro entre copains en fin de journée, sans avoir à se poser de questions. Le sweat m’a inspirée en premier : j’aime l’idée de ne pas avoir 50 choses dans son dressing ! Je me suis également formée aux matières éco-responsables, j’ai appelé plein de gens, contacté plein d’entreprises — dont Lenzing, que j’ai rencontrée sur un salon, et qui est à l’origine de la matière en bois dont je me sers pour mes maillots, le tencel.
J’ai envie de montrer aux gens que lorsque l’on veut faire des trucs bien, on peut ! En même temps, avec le tencel, je suis bien consciente que si tout le monde se met à l’utiliser, ça va aggraver la déforestation. Le jour où on en sera là, j’arrêterai le tencel et je ferai autre chose.

Quelle est la « mission » de So Ride Wear ?

Mon objectif, c’est que les gens arrêtent de se faire avoir par rapport à l’univers du vêtement. C’est pour ça que je veux être disponible à l’atelier de So Ride Wear, que j’encourage tout le monde à nous rencontrer dans notre atelier chambérien, venir voir comment on travaille, quel est le processus de fabrication. Que les gens prennent l’habitude de se poser la question : « Quand je paie mon tee-shirt 5€, à qui va cet argent ? Comment est-il réparti ? ». On a tendance à oublier qu’il y a de vraies personnes derrière les vêtements que nous portons au quotidien. Certains pensent qu’il n’y a que des machines, et qu’il suffit d’appuyer sur un bouton… C’est nécessaire que les gens se posent des questions au moment de leur achat, qu’ils connaissent l’origine des produits, et qu’il y ait une vraie transparence par rapport à ça. C’est en tout cas ce que nous essayons de faire au maximum avec So Ride Wear. J’ai envie que l’on se rende compte qu’il vaut mieux acheter du tissu dont on connaît l’origine et le processus de fabrication plutôt qu’un tissu estampillé « bio » qui vient du Bangladesh.

Comment résumerais-tu les valeurs de So Ride Wear, et donc les tiennes ?

Valoriser au maximum les circuits courts, valoriser l’origine des produits et valoriser les matières ! Que les gens deviennent des consomm’acteurs, et qu’ils se posent ces questions à chaque achat : « Où les produits ont-ils été fabriqués ? D’où viennent les matières ? Qu’est-ce que le prix dit du produit ? ».

As-tu une citation inspirante qui t’accompagne au quotidien ou qui parle de toi ?

En ce moment, j’aime beaucoup une citation de Mark Zuckerberg :
« Dans un monde qui change extrêmement vite, le plus gros risque serait de n’en prendre aucun. »
Dans ce « risque », je vois à la fois le risque de monter sa boîte et de la faire vivre, et le risque pour les gens de changer leurs habitudes en tant que consommateurs.

Quel message positif souhaites-tu délivrer et partager à travers ce projet ?

On peut tous changer le monde avec nos deux mains. Ça me fait penser à une chanson de Ben Harper que j’adore, qui a toujours été ma chanson-motivation : With my own two hands. Je l’ai énormément écoutée, et je me disais : « Moi aussi je peux faire ça, changer le monde avec mes deux mains ! ».
Si chacun faisait juste une chose dans son quotidien pour essayer de le changer, ce serait beaucoup. On n’a plus le choix : il est temps qu’on fasse tous quelque chose avec nos deux mains, et notamment que l’on arrête d’acheter n’importe quoi.

Que comptes-tu faire pour changer encore plus le monde cette année ?

Petit scoop : j’ai le projet de mettre en place un configurateur sur le site, pour que les gens puissent choisir leurs vêtements de manière personnalisée et notamment en fonction de leur morphologie ! J’ai envie que quelqu’un qui mesure 1m90, qui met du S mais qui a besoin de longueurs aux manches puisse me le signaler. Ça évitera aussi que les gens achètent par dépit. Je veux m’adapter aux gens, et tenir compte de la morphologie de chacun.

Vous pouvez découvrir les vêtements So Ride Wear sur la boutique en ligne, ou retrouver Fabienne sur la page Facebook de la marque ! Elle se fera un plaisir de répondre à toutes vos questions.